Dernières chroniques

lundi 29 juin 2015

Fille de l'Eau


Fille de l’Eau
Auteur : Emmi Itäranta
Editeur : Presses de la Cité
Date de publication : 8 janvier 2015
Nombre de pages : 299


Résumé:


« Le commencement, ce fut le jour où mon père m'emmena à l'endroit qui n'existe pas. »

Noria est encore adolescente quand, à la mort de son père, elle est nommée maître du thé de son village. Dans un monde qui tente de se relever d'une guerre qui a épuisé les réserves d'eau potable, la jeune fille est à présent garante des traditions d'un temps révolu et protectrice d'une source secrète que sa famille protège depuis toujours.
Mais bientôt, les militaires de la Nouvelle Qian – le gouvernement qui régit la société – décident d'enquêter sur l'apparente abondance des ressources d'eau du village. Alors que l'eau se fait de plus en plus rare, Noria devra faire un choix : se battre ou coopérer...


Mon avis:

Énorme coup de coeur!


Je ne sais même pas par où commencer tant ce livre m’a bouleversée… Je l’ai terminé il y a plusieurs heures déjà et j’en suis encore toute retournée ! Je crois réellement que c’est ce genre de roman que l’on adore ou que l’on déteste. Je suis contente de ne pas être passée à côté d’un tel chef-d’œuvre qui a su me toucher au plus profond de mon être, à un tel point que je sais que je n’oublierai jamais cette histoire...

Noria est une adolescente comme les autres, qui vit dans un village au cœur de la Laponie finlandaise. Sa famille n’est pas très aisée, mais elle n’est pas à plaindre en comparaison des autres villageois. Comme son père, elle va être nommée maître du thé. Pourtant, elle va découvrir que ce métier cache de lourds secrets et de grandes responsabilités vont s’abattre sur ses frêles épaules. Courageuse jusqu’au bout, elle va se battre à son niveau pour perpétuer les traditions et pour tenter de comprendre ce qui s’est passé dans le monde d’antan pour qu’on en arrive là. Car la Terre est appauvrie en eau et le peu qu’il en reste est sous le contrôle de l’armée. Les gens meurent de faim et de soif, allant jusqu’à risquer leurs vies pour quelques gouttes d’eau supplémentaires…

J’ai décidé de lire ce livre sans vraiment avoir fait de recherches à son propos avant ni avoir lu une seule chronique. Pour ceux qui me connaissent bien, vous savez que dès qu’un roman écrit par un auteur finlandais croise mon chemin, je saute sur l’occasion ! Le résumé ne me disait pas grand-chose et j’ai moi-même hésité à en écrire un pour cette chronique, car je trouve que ce n’est absolument pas révélateur de ce que l’on découvre à travers cette histoire. Car ici l’action et l’histoire en elle-même ne sont pas ce qui importe le plus. Non, c’est ce lyrisme, cette façon d’écrire très poétique qui fait que l’on se sent impliqués, touchés au plus profond de nous-mêmes. C’est ce que j’aime chez les Finlandais je dois dire, car ils sont très forts pour faire ressentir des émotions avec les mots, que ce soit dans les livres ou en musique. Ce qui est paradoxal quand on sait que ce sont des gens très timides, qui abordent difficilement les autres et qui peuvent passer pour des personnes froides alors que ce n’est absolument le cas. Ils sont le feu sous la glace et ce roman illustre très bien cela.

Revenons-en à l’histoire en elle-même. J’ai été touchée par la manière de vivre de Noria. Elle est proche de la nature et la ressent réellement, elle est très attentive à ce qui l’entoure, à l’écoute de l’eau. Elle voue un profond respect à la vie et à la mort et décrit cette dernière avec beaucoup de poésie lorsqu’elle-même est personnellement affectée par la perte d’un être cher. Si extérieurement elle ne laisse rien paraître de ses émotions, le lecteur se sent comme privilégié de pouvoir avoir accès à ses pensées.

La situation en Finlande n’est pas facile. Le pays a été envahi et est désormais sous le joug de la Nouvelle Qian. Ils connaissent des restrictions sans précédent et sont sans cesse observés par les soldats. On pousse le peuple a la délation, à trahir les voisins frauduleux qui auraient accès à de l’eau non déclarée, en échange de quelques rations supplémentaires.  
Le fait que le pays soit sous le joug de l’Asie offre un contexte plutôt intéressant. Les personnages continuent à vivre selon les traditions finlandaises auxquelles on a intégré quelques traditions asiatiques. Et curieusement, cela se marie plutôt bien !

La curiosité de Noria va pourtant la pousser à défier l’ordre établi. Elle aussi fraude, comme une grande partie de la population, mais dans son cas il ne s’agit pas seulement de conduites d’eau clandestines ou d’achats au marché noir, non, sa famille est la gardienne d’une source souterraine secrète. Seulement, elle va finir par se retrouver seule à gérer ce lourd secret et il va lui peser de plus en plus à mesure que la situation dans son village va s’aggraver. Elle ne supporte plus de voir le malheur autour d’elle. Alors, lorsqu’elle entrevoit une lueur d’espoir après avoir fait une fabuleuse découverte avec son amie Sanja au cœur de la fausse à plastique, elle va décider de tenter le tout pour le tout, au péril de sa vie.
Ce n’est absolument pas le genre de fille à se préoccuper de son petit confort personnel au détriment des autres, non, elle a le cœur sur la main et la situation la consume petit à petit.

Je vous ai déjà parlé de Noria. Pour ce qui est des autres personnages, il y en a quelques-uns qui ont leur importance, mais que je ne citerai pas pour ne pas trop en révéler sur l’histoire. Je vais donc uniquement parler de Sanja. Elle est la meilleure amie de Noria, mais leur relation est assez spéciale. Il y a beaucoup de non-dits entre elles, même s’il y a parfois quelques doutes qui s’immiscent entre elles, les deux adolescentes savent qu’elles seront toujours là l’une pour l’autre et qu’elles peuvent se faire confiance. Je trouve qu’elles sont touchantes toutes les deux, même si leurs vies respectives ont parfois tendance à creuser un fossé entre elles. Parfois Sanja ne comprend pas réellement l’importance des cérémonies de Noria. Elle peut par moments être un peu déçue que Noria les fasse passer en priorité. Sanja, elle, est dévouée à sa famille. Son père est souvent absent pour le travail et sa mère est dévouée à sa petite sœur qui est malade à cause de la mauvaise qualité de l’eau. Elle se retrouve donc elle aussi avec beaucoup de responsabilités, car sa mère ne pouvant pas travailler, c’est à elle que reviennent les tâches de s’occuper de ramener un peu d’argent et surtout une quantité d’eau suffisante pour la petite. 

En ce qui concerne l’écriture, j’ai déjà évoqué ce lyrisme et cette poésie qui ont su me transporter, m’éblouir, me toucher. Les mots coulent, aussi fluides que l’eau si chère à tous dans ce récit. C’est un roman plein de délicatesse et de sensibilité qui n’a pas besoin de beaucoup d’action. Il se suffit à lui-même et possède vraiment un sens profond. Il y a eu plusieurs passages très émouvants au cours du récit, mais si je dois en retenir un seul alors ce sera la fin. J’en ai versé des larmes et rien que d’y repenser je suis de nouveau toute chamboulée ! Bref, prévoyez les mouchoirs si vous comptez le lire !

Je pense que je vais m’arrêter là, même si je pourrais en parler encore longtemps !
Donc en résumé, c’est un roman qui a su m’émouvoir, me bouleverser même, par sa profondeur, son lyrisme, sa poésie et sa délicatesse. L’histoire de Noria m’a réellement touchée et j’en suis ressortie différente, transformée. C’est ce genre de livre qu’on n’oublie pas, tant il vous marque. Je le relirai très certainement, car il fait désormais partie de mes livres favoris et se place même dans les toutes premières places !

3 commentaires:

  1. Je l'avais vu passé une fois ou deux, mais sans plus ! Mais maintenant que j'ai lu ton avis, il m'intrigue beaucoup !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le résumé ne me tentait pas plus que ça non plus, mais bon comme c'était un roman finnois j'ai voulu tenter et j'ai bien fait! :)

      Supprimer
  2. c'est assez contemplatif, mais le contexte est intéressant

    RépondreSupprimer